Énergies renouvelables et maîtrise de l'énergie
Après deux siècles de révolution industrielle et de développement énergétique fondé principalement sur les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz, etc.), les années 1970 marquent un retour aux énergies renouvelables et à une meilleure maîtrise de l'énergie grâce à une prise de conscience dans le contexte dramatique des chocs pétroliers.
Le terme "énergies renouvelables" n'est pas une expression rigoureusement scientifique mais recouvre des réalités différentes pour désigner toute source d'énergie alternative utilisée plus ou moins récemment en substitution des énergies fossiles.
1) Le développement durable et l'effet de serre
Les travaux du club Rome (Halte à la croissance ?, Fayard, 1972) vont initier une réflexion sur le développement durable de la planète en étudiant quelques facteurs :
- l'épuisement des ressources fossiles (le charbon, 3 siècles de consommation au niveau actuel, le pétrole entre 40 et 50 ans...) ;
- la croissance démographique et énergétique ;
- les investissements industriels et agricoles ;
- l'avenir de l'énergie nucléaire après l'accident de Tchernobyl, le problème des déchets et la méfiance des populations (Suède, Autriche, Italie, Allemagne) ;
- l'environnement et la pollution à travers l'effet de serre.
a) La prise de conscience de l'effet de serre
Dès 1898, le savant suédois Svante Ahrrenius avait lancé une mise en garde : les émissions de dioxyde de carbone* (CO2) pouvaient provoquer un réchauffement de la planète. Ce n'est que dans les années 1970, cependant, qu'on a commencé à s'intéresser de près à ce domaine de la science jusque-là obscur. En 1988 a été créé le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), sur l'initiative du programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et de l'Organisation météorologique mondiale (OMM). Le GIEC, ayant eu mission d'évaluer l'état des connaissances actuelles concernant le système climatique et les changements climatiques, les incidences environnementales, économiques et sociales des changements climatiques, ainsi que les stratégies à envisager, a publié son premier rapport d'évaluation en 1990. Approuvé après un examen approfondi par des centaines de savants et d'experts renommés, le rapport a confirmé la base scientifique des inquiétudes sur les changements climatiques et a fortement influencé les négociations qui ont abouti aux conventions de Rio de Janeiro, de Kyoto et de Buenos Aires.
b) Les premières solutions
Conférence de Rio
La convention a été signée à Rio en juin 1992 dans le cadre de la conférence des Nations unies sur l'environnement : les gouvernements s'engageaient à fournir des informations concernant les émissions de gaz à effet de serre dans leurs pays, leurs stratégies face aux changements climatiques et à prendre des mesures visant à ramener leurs émissions de gaz à effet de serre aux niveaux de 1990 d'ici à l'an 2000. En outre, les pays développés devaient encourager les transferts financiers et technologiques pour aider les pays en développement à lutter face aux changements climatiques.
La troisième conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique de Kyoto (1er au 12 décembre 1997)
Pour la première fois, les représentants de 160 pays ont décidé de fixer des quotas de réduction par pays pour les pays industrialisés : l'objectif est d'obtenir une réduction d'au moins 5,2 % par rapport aux rejets constatés en 1990 d'ici les années 2008 à 2012, avec une répartition par pays ou région économique en tenant compte du degré de responsabilité dans la pollution et de la volonté de la maîtriser : - 7 % pour les États-Unis , - 6 % pour le Japon, - 8 % pour l'Union européenne (qui répartira cet effort sur les états membres) mais + 8 % pour l'Australie.
De plus, l'idée d'un marché de permis négociables de droits à polluer a été entérinée sur la proposition des États-Unis d'Amérique. Un pays moins pollueur pourrait vendre son droit à pollution à un pays moins vertueux sur le modèle du marché qui existe aux États-Unis pour les entreprises en matière d'émissions de dioxyde de soufre (SO2). (Clean Air Act de 1990)
Les pays en voie de développement sont dispensés pour le moment de ces efforts.
Les difficultés actuelles : vers un échec ?
La conférence de Buenos-Aires de novembre 1998 s'est traduite par un échec et un désaccord entre les États-Unis qui demandaient la mise en place des permis négociables, les pays en développement et l'Europe. Les décisions concrètes ont été repoussées à plus tard. Le président G. Bush a déclaré en 2001 que les États-Unis ne suivraient pas ces recommandations, ce qui bloque le processus de Kyoto.
2) Les énergies renouvelables et la conjoncture pétrolière
L'intérêt pour les énergies renouvelables et la maîtrise de l'énergie a été aussi très lié depuis 30 ans au pétrole. Cet intérêt est très fort quand le prix du pétrole s'envole pendant les chocs pétroliers des années 1970 et il est moins soutenu avec l'effondrement du prix du brut à partir du milieu des années 1980.
Les chocs pétroliers
La hausse du prix du pétrole a été très rapide. Le prix nominal du pétrole « Arabian Light » était à 1,67 $ le baril en 1970, à 2,3 $ en 1972, puis à 10,74 $ après la guerre du Kippour de l'automne 1973 et 32 $ après le second choc pétrolier en 1980.
L'impact des chocs pétroliers
Les chocs pétroliers font prendre conscience de la dépendance pour les pays développés (le pétrole représentait 50 % de la consommation mondiale d'énergie primaire en 1973 et même beaucoup plus pour certains pays comme le Japon (78 %), l'Italie (77 %) ou la France (70 %). De 1960 à 1973, la demande mondiale de pétrole avait crû à un rythme annuel moyen de 8 % par an. Le pétrole est désormais cher : son prix est multiplié par 4 lors du premier choc (1973-74) et par 2 après le second (1979-80), et risqué : le Moyen-Orient détient désormais les 2/3 des réserves.
Les chocs pétroliers provoquèrent une triple réaction :
- une politique active d'économie d'énergie symbolisée par la création de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) en 1974 et de l'Agence nationale pour les économies de l'énergie en France. Même s'il s'agissait d'économiser d'abord le pétrole devenu trop cher, c'est la première réflexion sérieuse en temps de paix depuis le début de la Révolution industrielle sur la nécessaire maîtrise de l'énergie après les travaux du club de Rome du début des années 1970 ;
- une politique de substitution du pétrole « NOPEP » au pétrole risqué de l'OPEP. La hausse du cours du pétrole rend désormais rentable la recherche, l'exploitation de pétrole dans des régions difficiles jusqu'alors délaissées : mer du Nord, Alaska...
- un encouragement pour les autres énergies : le charbon, le gaz, le nucléaire comme en France avec le très ambitieux programme de construction de réacteurs du gouvernement Messmer début 1974 et les énergies « nouvelles », par exemple le lancement en France du projet de centrale solaire « Thèmis » par EDF.
Le retournement du milieu des années 1980
À partir de 1986, le succès des politiques de diversification énergétique, des économies d'énergie et le ralentissement économique font chuter la demande de produits pétroliers : la demande n'a progressé que de 2,4 % par an entre 1973 et 1979 puis baisse fortement de 2,8 % par an jusqu'en 1983. En 1986, les prix s'effondrent de 50 %. Cette chute est accentuée par la baisse du taux de change du dollar, la monnaie de facturation du pétrole. La demande pétrolière repart à la hausse (+ 2,4 % par an en moyenne de 1973 à 1989). Le pétrole représente alors 40 % de la consommation mondiale d'énergie primaire. La guerre du Golfe ne remet pas en cause la chute du prix du pétrole qui s'accélère en 1997-1998. Le niveau réel du prix du pétrole (en tenant compte de l'inflation et de l'évolution du taux de change du dollar) est largement inférieur à celui de 1974 et un peu supérieur à celui de 1973. C'est comme si l'impact des deux chocs pétroliers avait été effacé. Cette nouvelle conjoncture d'un pétrole bon marché a rendu moins nécessaires les efforts d'économie, moins rentable l'énergie nucléaire et a ralenti les recherches sur les énergies renouvelables (comme par exemple l'abandon de la centrale Thèmis, jugée non rentable pour produire de l'électricité).
Aujourd'hui et demain ?
En 2000, le pétrole repart à la hausse atteignant les 32 dollars le baril au milieu de l'année... ce qui est à nouveau favorable aux énergies alternatives, puis revient en 2001 à des cours plus raisonnables. Ces variations renforcent la nécessité de recourir à des solutions énergétiques alternatives.
Désormais, la réflexion sur la maîtrise de l'énergie et les énergies renouvelables est partout présente, mais tous les acteurs ne sont pas conscients encore de la nécessité de s'engager dans cette voie comme le montrent les atermoiements autour de la conférence de Kyoto.
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